23/24 février 2019 Week-end hommage à James Baldwin

Samuel Légitimus et son mentor James Baldwin

23 et 24 février, deux journées pour rendre hommage à James Baldwin, l’un des écrivains les plus marquants des années 60 et dont l’influence perdure encore aujourd’hui. Il fut remarqué par son engagement dans la lutte des droits civiques des noirs américains et sa présence est donc une évidence aux récollets parmi la communauté d’artistes, chercheurs et intellectuels de la scène internationale.

James Baldwin (2 août 1924 – 1er décembre 1987)

James Baldwin posait ses valises il y a 70 ans à Paris, bien déterminé à devenir écrivain . Il quitta la capitale 9 ans après pour le sud des États Unis, alors que sa carrière était bien lancée en Europe. Sorti en 1956, « Giovanni’s Room » avait déjà attiré l’attention sur lui. Ce bouleversant roman raconte l’histoire d’amour entre deux hommes, avec une sincérité et liberté d’expression qui ignorent tous les tabous raciaux et sexuels qui minaient la puribonde Amérique.

Plus tard, il passera au scalpel les conflits raciaux par des analyses dont la clarté et la profondeur étonnent encore aujourd’hui.

Ce fils de pasteur ne se contentera pas de publier des livres marquants tels que «  The Fire Next Time », ou « Nobody Knows my Name ». Il surgit à la Télévision comme un diable hors de sa boîte , pour esquisser cette Amérique moderne que Martin Luther King appelait déjà de ses voeux.

Orateur de talent, il écumait les Universités américaines pour contrer des adversaires coriaces qu’il désarmait par un sourire et des arguments imparables, laissant des jeunes étudiants béats d’admiration.

« The fire next Time » publié en 1963 est sans doute l’essai le plus marquant de son œuvre. Écrit à l’origine pour The New Yorker il rencontra un tel succès qu’il désarçonna l’Amérique, engourdie de préjugés. On s’attendait plutôt dans ce pays à ce qu’un noir puisse être un musicien, sportif ou danseur, mais pas un penseur. Surtout un jeune homme de Harlem. Il imagina que les deux Amériques, noires et blanches devaient d’abord s’expliquer, pour sortir de ce tunnel.

Malgré une œuvre inestimable basée sur la sincérité des personnages et la profondeur des réflexions , James Baldwin, célèbre encore jusqu’au milieu des années 80 , glisse dorénavant et malgré des admirateurs intrépides dans une forme d’oubli. Avec le film documentaire « I am not your negro » paru l’année dernière, le réalisateur Raoul Peck a réactivé l’image de Baldwin dans le Grand public. Ce film tiré d’un texte inédit « Remember This House  » a connu un succès retentissant, récoltant des prix partout dans le monde et même le César du meilleur documentaire en 2018.

La pensée de Baldwin était de nouveau dans les esprits.

Un autre film adapté d’un roman paru en 1974 de celui que l’on surnommait Jimmy, se trouve à l’affiche en ce moment. « If Beale street could talk », du réalisateur Barry Jenkins est curieusement annoncé comme une formidable histoire d’amour. En fait, Il relate surtout cette période de l’histoire où les accusations non fondées tombaient sur la communauté noire et laissaient des innocents condamnés à tort.

L’œuvre de James Baldwin reste intemporelle. Son analyse est toujours aussi nécessaire pour comprendre encore aujourd’hui ce qui se passe sous nos yeux.

Des écrivains contemporains saluent régulièrement son œuvre comme Simon Njami, avec « James Baldwin ou le devoir de violence » paru en 1991, Alain Mabanckou qui en 2007 lui consacre un livre « Lettre à Jimmy » pour marquer les 20 ans de sa disparition.

Des références à James Baldwin, l’écrivain Dany Laferrière de l’Académie française les multiplient dans de nombreux ouvrages, tel « Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit? » paru en 1993. Son dernier livre, le roman graphique « Autoportrait de Paris avec Chat » lui consacre trois pages entières » où on le voit assis derrière sa machine à écrire.

Cette même machine à écrire sera exposée lors de ce week-end hommage, grâce au collectif James Baldwin, fondé il y a 27 ans à l’initiative d’un passionné dont la ferveur n’a pas pris une ride, Samuel Légitimus.

L’esprit de Baldwin est entré dans ses veines et n’en ai jamais ressorti. Infatigable transmetteur il propose une véritable plongée dans l’univers de Baldwin, avec une programmation réjouissante:

projection, performance théâtrale, lecture, débat, entretien, librairie, photographie, restauration.

De nombreux invités passeront devant le micro de Radio Fréquence Orange, avec notamment un entretien de Dany Laferrière dont la connaissance de l’œuvre de James Baldwin promet un éclairage instructif.



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